Essaye moi et...

Pendant longtemps, le train a été l’un des derniers grands territoires de la rêverie.

On montait à bord avec un livre, un journal ou parfois rien du tout. Puis venait ce moment étrange où le paysage commençait à défiler derrière la vitre. Les villes disparaissaient. Les champs s’étiraient. Le temps prenait une autre épaisseur.

Aujourd’hui, beaucoup de voyageurs passent le trajet les yeux rivés sur un écran. Ce n’est ni bien ni mal. Mais quelque chose a changé.

Le psychologue Jonathan Smallwood, spécialiste du vagabondage mental à Queen’s University, a montré que ces moments où l’attention n’est dirigée vers aucun objectif précis jouent un rôle important dans notre vie intérieure. L’esprit revisite le passé, imagine l’avenir, relie des idées qui semblaient sans rapport. Il ne décroche pas vraiment : il circule autrement.

La neuroscientifique Kalina Christoff, de l’University of British Columbia, a elle aussi étudié ces états mentaux flottants, notamment dans des travaux publiés dans Nature Reviews Neuroscience. Ils participent à la créativité, à la planification et à cette étrange capacité que nous avons de nous raconter notre propre vie.

Les anciens trajets en train offraient naturellement ce type d’espace mental. On pourrait presque dire que le paysage servait de bande-son à nos pensées.

Cela explique peut-être pourquoi tant d’écrivains, de scientifiques ou d’artistes ont raconté avoir trouvé une idée décisive en voyageant.

Le train n’était pas seulement un moyen de transport.

C’était aussi un atelier mobile pour l’imagination.

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